Le Nouveau Réveil-Avocat de Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif en chef du Pdci-Rda qui vient être libéré de prison par la justice ivoirienne, Me Atabi Kouoto Honoré fait la lumière sur ce qui s’est passé et donne des nouvelles de son client encore en convalescence en France.

 Bonjour Maître, vous êtes bien placé pour le savoir. Quels sont, depuis la France, les sentiments qui animent votre client, le Pr Maurice Kakou Guikahué, après sa libération de prison, le mardi 19 janvier 2021 ?

Bonjour Messieurs. Effectivement, je suis bien placé pour savoir les sentiments qui animent le Professeur Maurice Kakou Guikahué actuellement en France pour des raisons de santé depuis qu’il a été informé de la décision de sa mise en liberté provisoire par ordonnance du juge d’instruction.

En effet, comme vous pouvez l’imaginer, ses sentiments ne peuvent qu’être des sentiments de soulagement, car vous n’êtes pas sans savoir que depuis le 06 novembre 2020, le Professeur Maurice Kakou Guikahué et d’autres cadres du PDCI-RDA sont sous mandat de dépôt dans le cadre de la procédure liée au mot d’ordre de la désobéissance civile.

Comme je vous l’avais indiqué dans mes précédentes interventions,  l’incarcération dans une maison d’arrêt est loin d’être une virée dans une boite de nuit. Toute personne normale qui est détenue est forcément en proie à une souffrance morale et même parfois physique. C’est vrai que depuis plus d’un mois, le professeur Guikahué est hors de la MACA et en France pour raison de santé, mais il ne demeurait pas moins un prisonnier. Vous comprenez donc les sentiments qui peuvent l’animer lorsqu’il a été informé par mes soins de la décision de sa mise en liberté provisoire même si celle-ci est assortie d’un contrôle judiciaire. En résumé,  il est très heureux d’avoir recouvré sa liberté d’aller et de venir hors d’une prison.

Guikahué a-t-il recouvré la plénitude de ses droits ?

Monsieur Guikahué n’a jamais été privé de ses droits, j’entends par là, ses droits civiques et  politiques à part qu’étant incarcéré, il ne pouvait pas se déplacer hors de la MACA. Faculté qu’il recouvre désormais. Il continue donc de jouir de la plénitude de ses droits tout en respectant les obligations à lui prescrites aux termes de l’ordonnance de placement en contrôle judiciaire. A part lesdites restrictions, le professeur Guikahué continue de jouir de la plénitude  de tous ses droits civiques et politiques.

Il a été évacué en France après des problèmes cardiaques et victime de la Covid-19. Quel est son état de santé aujourd’hui ?

Au stade actuel des traitements qu’il a reçus, on peut noter que son état de santé s’est nettement amélioré et en phase de restauration totale; mais il reste encore quelques examens de contrôle pour être totalement fixé. En tout cas, il va nettement mieux qu’il ne l’était au moment de son évacuation sanitaire.

Quand votre client rentrera au pays ? Avez-vous une date indicative de son retour ?

Mon client rentrera au pays quand ses médecins vont l’y autoriser. Car comme je l’ai dit plus haut, il a encore quelques examens de contrôle à faire, précisément dans les 48h à venir (les 21 et 22 Janvier 2021). Sans le résultat des examens de contrôle, je ne peux me hasarder à vous donner une date indicative de son retour, puisque c’est lui qui m’informe au fur et à mesure de l’évolution des choses. Dans tous les cas, il va rentrer incessamment.

La décision de libération dit qu’il est placé sous contrôle judiciaire. Pouvez-vous mieux expliquer ce concept de contrôle judiciaire ?

Le contrôle judiciaire est une mesure prise par le juge d’instruction qui signifie que l’inculpé ne sera pas détenu dans une maison d’arrêt et de correction. Il est laissé ou mis en liberté provisoire mais astreint à certaines obligations qu’il doit rigoureusement respecter. En ce qui concerne le professeur Guikahué, l’ordonnance de placement sous contrôle judiciaire indique les obligations ci-après : «-ne pas sortir des limites du territoire national sans l’autorisation précise du juge d’instruction ; -s’abstenir de faire des déclarations à caractère subversif ou de nature à troubler l’ordre public ; -se soumettre à l’obligation de se présenter au cabinet du juge d’instruction chaque fois qu’une convocation lui sera adressée et tous les trois (03) mois au greffe du juge d’instruction en charge de la procédure». Et il est précisé qu’en cas de non-respect volontaire des obligations susvisées, il sera ordonné son placement en détention préventive.

Votre client pourra-t-il être candidat aux législatives avec cette décision de justice ?

Juridiquement, cette décision de justice ne fait pas obstacle à la possibilité pour monsieur Guikahué d’être candidat au scrutin législatif du 06 Mars 2021, car il ne s’agit nullement d’une décision de condamnation comportant privation de droits civiques et politiques. De mon point de vue, il est donc parfaitement éligible ; d’ailleurs son dossier de candidature comportant toutes les pièces légales exigées a été déposé déjà auprès du comité électoral de son parti, le PDCI RDA; et je n’ai aucun doute que sa candidature sera retenue.

Avec cette décision de justice, désormais, que pourra-t-il faire et que ne pourra-t-il pas faire quand on sait que Guikahué est un homme politique de premier plan ?

A part les restrictions contenues dans l’ordonnance de placement sous contrôle judiciaire ci-dessus indiquées, Monsieur Guikahué peut continuer ses activités politiques avec sa passion habituelle.

Est-ce qu’il lui sera possible de battre campagne tout en intervenant sur des sujets de l’actualité sociopolitique de notre pays ?

Si la candidature de Monsieur Guikahué est acceptée par les instances électorales, il peut librement battre sa campagne auprès des populations de la circonscription électorale où il est candidat. N’oubliez pas qu’il est le Député sortant de cette circonscription et il a un bilan à  défendre, tout en respectant les restrictions judicaires auxquelles il est désormais astreint, il peut subséquemment se prononcer sur tout sujet d’actualité sociopolitique, sans bien évidemment prendre le risque de violer volontairement les prescriptions de l’ordonnance de contrôle judiciaire du juge.

Que doit-on retenir des cas N’dri Narcisse et des autres prisonniers comme les jeunes incarcérés à la suite du mot d’ordre de désobéissance civile ?

Le collectif d’avocats dont je fais partie est à pied d’œuvre, comme il l’a toujours été depuis le début de cette procédure, afin que la situation de tous les détenus liés au mot d’ordre de désobéissance civile soit traitée avec bienveillance et que tous recouvrent leur liberté que celle-ci soit ou non assortie d’un contrôle judiciaire. Des demandes de mise en liberté ont été introduites à cet effet et nous attendons leur suite. Le cas particulier de Monsieur N’dri Narcisse nous préoccupe au plus haut point.

Est-ce que vous vous attendez à des procès dans certains cas ou pensez-vous que l’application des accords du dialogue politique va permettre certainement la libération de tous les prisonniers ?

Normalement, il ne peut y avoir de procès que lorsqu’au terme de l’instruction, le juge retient qu’il y a charges suffisantes pour faire comparaitre les personnes poursuivies devant une juridiction de jugement, c’est donc l’issue de l’instruction, (le juge d’instruction instruit à charge et décharge) qui nous déterminera s’il y aura ou non procès.

Maintenant, comme vous le dites, si l’application des accords du dialogue politique conduit à la cessation des poursuites, donc à l’arrêt de toutes les procédures actuellement en cours, alors nous nous en tiendrons à cette heureuse issue.

Mais en tant qu’Avocats des personnes mises en cause, nous nous préparons à l’hypothèse des procès pour ne pas être surpris.

En tant qu’homme de droit, pouvez-vous nous situer sur la durée du contrôle judiciaire. Quand pourra-t-il prendre fin pour que toutes les personnalités épinglées aient droit à une vie normale?

A la différence de la détention préventive, la loi ne prévoit aucune durée pour le contrôle judiciaire. Aussi, sa durée maximale est-elle celle de la durée de l’instruction. En outre,  il est important de préciser que je juge d’instruction a le pouvoir de rapporter la mesure de contrôle judiciaire et la muer en détention préventive si l’inculpé bénéficiaire arrivait à violer volontairement les obligations qui lui ont été prescrites. Le contrôle judiciaire peut donc durer jusqu’à la comparution devant la juridiction de jugement. En tout état de cause, c’est une mesure bien clémente nettement meilleure que la détention préventive.

Avez-vous un message de votre client à l’endroit des populations ivoiriennes ?

Le Professeur Maurice Kakou Guikahué me charge, en attendant qu’il arrive, d’exprimer toute sa gratitude et sa reconnaissance à tous ceux, anonymes ou connus, qui lui ont apporté soutien moral et matériel durant toute cette épreuve.

En tête de ceux-ci, son père et son patron, le Président Henri Konan Bédié, président du PDCI RDA et son épouse.

Quand il sera là, il le leur exprimera de vive voix.

Interview réalisée par Paul Koffi et Diarrassouba Sory In le nouveau réveil / Jeudi 21 janvier 2021 – N°5667 // www.lereveil.net