Document cadre de collaboration Pdci-Fpi/Pr Maurice Kakou Guikahué (SE en Chef du PDCI) explique tout…

Jeudi 30 avril 2020, à Cocody, le Pdci-Rda d’Henri Konan Bédié et le Fpi de Laurent Gbagbo, deux grandes formations politiques, ont signé un document-cadre pour matérialiser leur engagement de faire chemin ensemble pour la restauration de la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire. Dans cette interview au quotidien Le Nouveau Réveil, Pr Kakou Guikahué, secrétaire exécutif en chef du Pdci-Rda, présente le modus operandi dudit document. Il donne également des détails sur  la Convention du Pdci censée se tenir en juin 2020.

Monsieur le ministre, le Pdci et le Fpi ont parafé, jeudi dernier, un document-cadre de collaboration. Dans quel cadre se situe ce document ?

Ce document est intitulé « un projet pour la réconciliation en Côte d’Ivoire ». Pour mieux comprendre les choses, permettez que je fasse la genèse. Au mois  de mai 2019, le président Bédié m’avait demandé d’aller saluer le président Laurent Gbagbo qui venait d’être acquitté et mis en résidence à Bruxelles. La rencontre s’est très bien passée. A mon retour, j’ai fait le compte rendu à mon mandant. Par la suite, le président Gbagbo a dépêché une délégation du Fpi, conduite par son secrétaire général, Dr Assoa Adou, le 23 mai 2019, pour rendre visite au président Bédié, à Daoukro. Au cours de la visite, nous avons produit un communiqué signé par Assoa Adou et moi-même. Nous avions dit que dans le cadre de la vision politique, le président Bédié avait lancé l’idée d’une plateforme pour la réconciliation. Le président Gbagbo a marqué son accord et a accepté qu’on travaille ensemble pour drainer l’opposition politique. A partir de ce jour, on a créé un Comité paritaire Pdci-Fpi pour travailler sur la réconciliation, ce que nous avons fait sans bruits, pendant de longues séances de travail. C’est ce qui a abouti au document-cadre que nous venons de signer. C’est un document pour conduire ensemble le processus de la réconciliation nationale pour la restauration de la paix en Côte d’Ivoire.

Est-ce qu’on peut dire que les initiateurs de cet accord sont les deux leaders de ces deux formations politiques ?

Le président Bédié a pour mission de mobiliser tous les partis qui gravitent autour de lui dans la plateforme. On en a parlé dans le communiqué. Le président Gbagbo en a fait de même au niveau de Eds. A ce sujet, justement, dans cette semaine, nous allons recevoir la Cdrp pour expliquer les choses. Ensuite, nous allons recevoir l’Urd, Lmp et Lider pour dire où nous allons. Il n’y a donc aucun problème là-dessus.

Pourquoi les deux partis et non les deux plateformes qui aient signé le document ?

Ce sont des idées individuelles. J’ai fait l’historique. Quand le président Bédié a rendu visite au président Gbagbo, à Bruxelles, le 29 juillet 2019, c’est là qu’est née l’idée de signer un document-cadre. C’est au retour du président Bédié que les Commissions ont été constituées. C’est une action menée par les présidents Bédié et Gbagbo mais en tenant compte des plateformes auxquelles ils appartiennent.

Quel commentaire faites-vous de la réaction de Pascal Affi N’guessan, suite à la signature du document-cadre ?

J’ai lu un peu son commentaire. C’est une question de logique. Si on l’avait fait avant, je l’aurais compris. Quand le président Bédié a effectué la visite à Bruxelles, Gbagbo a accepté de recevoir Affi. Quand Affi est sorti, il a dit que si Gbagbo n’est pas candidat en 2020, lui, il est candidat. Cela veut dire qu’il reconnaît Gbagbo comme le patron du Fpi. A partir de cet instant, la réconciliation étant en marche et, l’action unitaire de leur parti en marche, Assoa Adou, pour une question de transparence, est venu nous voir pour dire que le président Gbagbo a reçu Affi N’guessan et qu’ils sont en train de travailler à l’unité du parti. Les gens d’Affi et les gens d’Assoa Adou ont fait un Comité pour travailler. Donc, ce travail est en cours. Pour nous, on a été libéré. C’est Gbagbo qui donne les ordres. A partir du moment où Gbagbo dit de signer un document, nous pensons qu’en l’état actuel des choses, Affi y est inclus automatiquement. Donc, le Pdci n’a pas de problème de morale politique.

Après cet acte important, quels sont les autres grands chantiers attendus ?

D’abord, les chantiers, c’est de sensibiliser nos différents partis politiques, élargir ce dossier à toute l’opposition et à la Société civile, leur expliquer ce que nous voulons faire. Ensuite, inviter le Rhdp et le Gouvernement à s’inscrire dans la mouvance de la réconciliation. La première phase du travail, c’est de sensibiliser et mettre tout le monde d’accord sur le fait qu’on doit aller à la réconciliation. On va travailler et on verra les résultats. On ne va pas faire cette sensibilisation à vie. On ira vers les Ivoiriens pour leur présenter notre projet, leur dire pourquoi se réconcilier et comment nous comptons nous y prendre. Après cette signature, on va sensibiliser nos partis et élargir la sensibilisation. Ensuite, on va donner le message à nos responsables de terrain pour qu’ils sachent que nous sommes dans une dynamique de réconciliation. On va faire bloc et faire une grande tournée ensemble dans le pays. Voici donc l’urgence qui est de sensibiliser le maximum des acteurs de l’opposition, la Société civile et le Rhdp et le Gouvernement. Il s’agit de mettre en commun nos responsables de terrain, évaluer le travail et, à un moment donné, nous allons faire des tournées à l’intérieur. Nous pensons que nous allons vite sortir du Covid-19.

A aucun moment, vous n’évoquez le volet élection. Pourquoi ?

On a dit réconciliation. Se réconcilier,  c’est  vouloir la paix, la stabilité et la cohésion de la Côte d’Ivoire. Se réconcilier, c’est éliminer toutes les séquelles des crises passées par le retour au pays de Laurent Gbagbo, Blé Goudé, AkossiBendjo, Soro Guillaume, etc. Se réconcilier, c’est faire en sorte que les conflits intercommunautaires disparaissent et engager un processus électoral transparent. Se réconcilier, c’est  créer les conditions pour que les Ivoiriens vivent en harmonie et qu’il n’y ait plus de guerres civiles, afin que le spectre de 2010 s’éloigne très loin de nous. Voici les objectifs. Chemin faisant, ce qu’on fera après la réconciliation, c’est là la question ultérieure. C’est la réconciliation qui nous unit.

La pandémie du coronavirus semble bouleverser le calendrier de la  Convention du Pdci fixée au mois de juin. Que pouvez-vous dire à ce niveau ?

Vous avez répondu en partie à la question, en évoquant la maladie. Si nous avons reporté le Bureau politique qui n’a que 2000 personnes, ce n’est pas une Convention de 10 000 personnes qu’on va tenir. Ensuite, le lieu qu’on nous avait octroyé pour la Convention, c’est le Parc des Sports qui a été réquisitionné par l’Etat pour en faire un centre de réception des malades du Covid. Du coup, ça pose problème. Nous luttons ensemble pour que nous sortions rapidement de cette situation. Dès qu’on sort de la pandémie, on organise un Bureau politique et on fixe la date de la Convention. Si nous sommes en plein confinement, en juin, on ne peut pas faire une Convention. On la fera. Dans tous les cas, nous avons le temps de la faire. La Convention tient compte du calendrier électoral. Si par exemple, on est confiné et que personne ne bouge, les activités électorales ne sont pas menées, on ne peut pas parler de la Convention. Quand on va sortir de la crise, on va faire la Convention en fonction du code électoral. On a encore du temps et nous sommes prêts. Ce qui est rassurant, c’est que le Comité d’organisation est prêt. On a déjà le Parc des Sports, le schéma de l’organisation et nous sommes en train de finir la budgétisation. On a déjà calé le mode opératoire de la tenue de la cérémonie d’ouverture. Le thème est connu. Comme c’est une Convention élective, les textes sont déjà prêts pour le Comité électoral. Le chronogramme de préparation des élections, les mandats, tout est fin prêt. Il suffit qu’on sorte de la crise, on convoque le Bureau politique et, dans les semaines qui suivent, on va à la Convention. On fixera une autre date, au cas où le 06 juin 2020 n’est pas permis, du fait de la maladie. Nous avons jusqu’au 08 août pour faire la Convention.

On peut donc dire que le Pdci est prêt sur tous les plans ?

Il n’y a aucun problème. Nous sommes prêts. Les préparatifs sont fin prêts. L’essentiel, c’est de libérer le pays de la crise. Dès qu’on sera autorisé à faire les regroupements, on fait le Bureau politique et on va à la Convention.

La présidence de la République a pondu, hier, un communiqué indiquant que le Premier ministre ivoirien, candidat du Rhdp, s’est rendu en France pour un contrôle médical. Est-ce que vous avez un commentaire à faire là-dessus?

Je lui souhaite prompt rétablissement. En tant que médecin, je ne peux que lui souhaiter prompt rétablissement. C’est tout à fait normal. C’est un homme. Tout le monde peut tomber malade, donc il ne faut pas en faire un drame mais je souhaite que ça ne soit pas grave. Il a donc tout mon soutien. Qu’il nous revienne en bonne santé.

Interview réalisée par Le Nouveau Réveil