18
Aux premières heures du lundi 20 novembre 2015, la rumeur, comme une trainée de poudre, se répandit, grandit et s’enfla pour prendre l’ampleur d’une clameur qui jeta Pépressou et notre région dans la stupeur : la mort cruelle venait encore de frapper, aveuglément, dans nos rangs, arrachant brutalement à notre affection, Maman BEDIE Kra Madeleine, une des figures les plus attachantes de la famille BEDIE.
Il n’y a pas, si longtemps, en effet, nous pleurions BEDIE Anyra et BEDIE Joachine dont le faucheur aux yeux bandés a dérobé la vie dans la fleur de l’âge, deux vies aux mille fleurs.
Hier, c’était une jeunesse exubérante, aujourd’hui, c’est une somme de sagesse qui se perd, privant la maison BEDIE de son directeur de conscience.
Face à cette série de malheurs, le philosophe nous conseille, certes, de nous exercer à supporter la mort, tant l’attachement aux choses qui passent est cause de souffrance. Mais nos cœurs rebelles, à ces conseils, se rebiffent et objectent. Car, comment peut-on supporter la mort, quand elle n’a de cesse de s’attaquer à tout ce à quoi nous nous attachons ?
L’accumulation de malheurs pousse à la révolte les âmes désespérées, car, face à la tragédie de la mort, elles s’abiment dans la résignation.
Paul Valery disait que «la mort est », pour nous les mortels, de l’ordre de « l’inconcevable » parce qu’elle advient dans notre vie comme une surprise.
Mais, pour ceux qui restent éveillés, point de surprise, point de résignation ! M’Moh Kra n’est pas morte. M’Moh Kra s’est transfigurée. C’est pourquoi, loin de nous résigner face à l’implacable fatalité de la mort, notre vocation à la transfiguration est, pour nous, un motif d’espérance qui nous transporte vers les accents de JOB qui va répétant : « L’Eternel a donné, l’Eternel a repris. Que le nom de l’Eternel soit béni » !
Mesdames et Messieurs les Présidents d’Institutions;
Mesdames et Messieurs les Ministres;
Honorables Rois et Chefs traditionnels ;
Vénérables Chefs et guides religieux;
Mesdames et Messieurs les Elus et Cadres de la région de l’Iffou ;
Chers amis et connaissances venus de toutes les contrées de la Côte d’Ivoire et d’ailleurs ;
Populations de l’IFFOU et de Daoukro;
Mesdames et Messieurs ;

Nous voici rassemblés, ce matin, autour de celle que nous appelons affectueusement M’Moh, parce qu’elle est un puits d’amour, de dévouement, de sagesse et d’abnégation, pour lui rendre un ultime hommage. Et c’est à moi que revient cette responsabilité dont je mesure le poids et la délicatesse.
Je n’ai ni l’éloquence de CICERON ni la verve lyrique et flamboyante de BOSSUET pour les éloges funèbres. Néanmoins, je ne puis me soustraire à ce devoir de mémoire qu’impose pareille circonstance. Aussi, voudrais-je, avec votre indulgence, m’acquitter de cette charge, avec humilité, conviction et amour.
La vie de l’homme est comme une fleur dans un jardin. Elle ne fleurit que pour un temps ! Et le jour est venu de rendre témoignage de la vie de cette grande Dame, que fut, pour nous, Madame BEDIE Kra Madeleine.
Qui était BEDIE Kra Madeleine ?
BEDIE Kra Madeleine a mené une existence paisible et discrète, une vie de devoir, d’amour et de partage, une vie faite de responsabilité et de droiture.
Après le rappel à Dieu de ses frères, BEDIE Kouassi Paul et BEDIE Kouadio Bah, Madame BEDIE Kra Madeleine a eu le devoir d’assumer, d’office, les lourdes responsabilités dévolues à l’aînée de la famille. Et, elle l’assuma merveilleusement bien, avec enthousiasme, amour et affection, mais également avec rectitude et fermeté.
Ferme mais juste, M’MOH KRA savait toujours trancher dans la vérité.
Avec sa disparition, nous mesurons le poids du vide dans lequel elle laisse ses frères et sœurs !
Président BEDIE, Yako !
Chef BEDIE Marcellin, Yako !
Madame BEDIE Adjoua, Madame BEDIE Ahouba, je vous dis Yako !
Femme de devoir, au sens élevé de la famille, Madame BEDIE Kra Madeleine était aussi, une femme de partage, à la sollicitude éprouvée.
Sous son air apparemment distant, se dissimulaient une grandeur d’âme et un esprit d’ouverture hors du commun.
Généreuse, la place de choix qu’elle occupait auprès du Président BEDIE, l’amenait à ouvrir toujours sa porte et ses bras à ses semblables. Elle répondait, toujours avec disponibilité et courtoisie, aux nombreuses sollicitations que lui valait cette position, qui était la sienne, auprès du Président BEDIE.
Femme de parole, de devoir et de commerce agréable, d’une grande sensibilité à la condition de chacun, « M’Moh KRA ou la vieille », comme nous aimions tous l’appeler affectueusement, a su mener une vie paisible et discrète, une vie d’amour et de partage. Plusieurs générations d’hommes et de femmes, dont nombre sont aujourd’hui à divers niveaux de responsabilité, peuvent en porter témoignage.
Son exigence et sa rigueur étaient à la mesure du modèle d’homme qu’elle voulait que ses enfants, ses petits-enfants et tous ses proches soient aux yeux de tous. M’Moh KRA a ardemment souhaité transmettre à sa postérité, pour la perpétuer, la tradition d’accueil et de soutien à toute personne qui en exprime le besoin.
L’immense foule venue exprimer sa sympathie à la famille ainsi que la présence nombreuse et distinguée des personnalités venues lui rendre hommage, ce jour, en sont le témoignage éloquent.
C’est cette dame, virtuose dans l’art d’être, pour nous, pour sa famille, pour le village de Pépressou et la tribu NAMBE, c’est cette dame, tour à tour, sœur aînée, conseillère, mère aimante et attentionnée, tante attachante, grand’mère affectueuse, femme généreuse, qui, dans sa 87ème année, s’en est allée prendre sa place, pour l’éternité, dans la maison de lumière, ce lundi matin du 20 novembre 2015.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Par votre présence nombreuse et votre sollicitude multiforme, vous avez apporté réconfort et consolation à la grande famille BEDIE que vous honorez ainsi par cette grande manifestation de compassion et de prévenance.
Nous ne trouverons pas de mots assez justes et assez forts pour vous traduire toute la gratitude et toute la reconnaissance de la famille. Mais avec Shakespeare, nous pouvons vous dire, avec à-propos, que : « L’esprit oublie toutes les souffrances quand le chagrin a des compagnons et que l’amitié le console.»
C’est pourquoi, très humblement, aux noms de nos parents, au nom du Président Henri Konan BEDIE, au nom du chef BEDIE Koffi Marcellin, de leurs frères et sœurs, aux noms de nos aînés et de toute la famille BEDIE, je voudrais vous prier d’accepter, en cette douloureuse circonstance, nos remerciements sincères.
Merci du fond du cœur, pour ces différentes marques de sympathie. Votre impressionnante mobilisation, depuis l’annonce de la tragique nouvelle, jusqu’à ce jour, témoigne éloquemment, de votre affection tant pour la grande famille BEDIE que pour celle qui vient de s’endormir dans la paix du Seigneur.

Honorables personnalités ;
Votre présence, ce jour, aux côtés du président Henri Konan BEDIE et de son épouse, de toute sa famille et des familles alliées, malgré vos agenda que nous savons très chargés, est la parfaite illustration de l’excellence de l’estime que vous leur portez.
La grande famille BEDIE, l’ensemble de la population de notre village de Pépressou, les populations du département de Daoukro, de la région de l’Iffou vous en sont grandement reconnaissantes.
Grand Merci à tous !
« M’Moh KRA», au moment où tu pars pour le voyage éternel, rejoindre tes frères KOUASSI, TIKA, KOUADIO Bah, EKPINI et ton fils Anyra, sache que tu nous manqueras à tous!
Tes frères, le chef BEDIE Marcellin et le Président BEDIE, tes sœurs AHOU Bah et ADJOUA, tes amis et connaissances qui ont toujours su bénéficier de tes conseils, restent aujourd’hui sans voix, tant leur peine est grande.
Avec eux, tu as toujours su tisser une belle complicité qui a fait de toi la grande confidente de tous et particulièrement du Président Henri Konan BEDIE.
Tes enfants Lambert, Etienne, Mesdames BOMO Rosalie, AKOTO Agnès et MIEZAN Germaine, tes petits-enfants, neveux et nièces sont aujourd’hui inconsolables. Tu leur manqueras, tant le vide que tu laisses sera difficile à combler. Toutefois, nous restons persuadés que, de là où tu te trouves, tu guideras toujours leurs pas.
Ton départ inattendu nous affecte au plus haut point.
Cependant, reste rassurée M’Moh, ta famille saura demeurer digne.
Chers parents, chers frères et sœurs, chers amis et connaissances, mesdames et messieurs, « la mort n’est pas l’obscurité. Ce n’est rien d’autre qu’une lampe qui s’éteint car le jour se lève ».
Ne pleurons pas ; ne pleurons donc plus d’avoir perdu un être cher, mais réjouissons-nous de l’avoir connu… !
Quelqu’un qui a su tant aimer, ne saurait mourir tout entier !
Une personne aussi remarquable ne nous quitte jamais tout à fait !
La femme de cœur qu’elle a été n’a laissé personne indifférent.
Elle vit au plus profond de notre cœur et, pour la revoir, il ne nous suffit donc que de fermer les yeux.
Sachons seulement garder mémoire que M’Moh a vécu en faisant le bien !
Bon voyage « M’Moh Kra! »
Pars en paix !
Puisse le tout puissant t’accueillir dans son Royaume éternel !
Oraison funèbre prononcé par Niamien N’goran

Les images fortes
2 le pdt BEDIE soutenu par la reine des BAOULE

16

25vue du clergé

34

35

36

37

38

39

40le prête celebrant

41 le pdt BEDIE récevant la communion